La musique ne fait plus silence radio dans Kaboul

Accueil Rubrique USA 11 Septembre 2001

« Les propos des personnages nommés ci-dessous sont le fruit imaginaire de l'auteur Phil Marso. Toutes ressemblances avec des personnes existantes seraient pure coïncidence ».

Le 13 novembre l'Alliance du Nord sans la permission des américains est entrée dans Kaboul. La population en liaisse a sortie de l'ombre les postes de radio pour écouter de la musique à donf ! Le régime taliban l'avait proscrit depuis plusieurs années. Nous avons demandé à Nasser producteur de disque ce qu'il pensait de ce retour au source.

Nasser vous avez subi pendant cinq ans un silence radio à Kaboul. J'imagine que vous avez eu du mal à accepter ce conditionnement en direct live ?

Il est vrai que mon métier de producteur a été remise en cause dès l'arrivée des talibans. J'étais sur le point de faire découvrir au monde entier la voix d'une chanteuse afghane. Malheureusement elle a été envoyé au pilon.

Vous voulez dire qu'elle a été lapidée sur le stade de foot de Kaboul.

Oui ! D'ordinaire quand un Jimmy Hendrix, un Jim Morisson ou un John Lennon meurt. Les ventes explosent ! Seulement ici, c'est juste entrée en première semaine dans le bac à cimetière et on n'en n'a plus jamais entendu parlé.

Ça du vous faire un sacré malaise.

Oh oui ! 33 tours, je les  ai mêmes compté.

Euh… Nasser vous vous apprêtez à sortir carrément un album ?

Pas vraiment ! On m'avait infligé 33 tours du stade avant de prendre une balle dans la tête. A chaque fois que je passais devant les deux cages de but on pendait un infidèle de la cause taliban.

C'est horrible ! Comment avez-vous fait votre come-back ?

Eh bien Ousmany Babila, un chef fondamentaliste sanguinaire qui avait l'oreille musicale m'a reconnu par mes gémissements. C'est l'une de mes cordes vocales que j'ai utilisé dans l'un de mes premiers succès "Vodka Line Blod" en 1979.

J'ai jamais entendu parlé de ce morceau.

Il faut dire que l'armée rouge l'avait censuré à Radio Moscovita Kaboulis. Quoi qu'il en soit Ousmany Babila me sauve la vie à une seule condition.

Laquelle ?

Je devais réaliser un "soundtrack" (Bande sonore) d'un genre spécial qui va sans doute vous scandaliser. Mais bon, j'utilisais le matériel que je disposais à Kaboul.

Lequel ?

Euh… Voyez-vous le principe du "soundtrack" est de faire des compilations sur un thème bien précis. Un réalisateur radio qui veut faire une "nouvelle" sous forme de polar qui se déroule à la campagne va chercher une compilation sur les bruits naturels : chant de coq, poule, canard, dindon, vache à traire, mouton etc. A Kaboul j'étais chargé de prendre le son des exécutions dans les stades. Évidement le succès a été immédiat.

Nasser n'avez-vous pas penser à vous suicider pour vous échapper de cette emprise diabolique des talibans ?

Le son "suicide" n'est pas évident à choper. Parfois vous restez des heures à guetter une femme qui s'apprète à réaliser cette envolée lyrique. Mon erreur a été de croire que ce son pouvait s'enregistrer dehors. Erreur ! C'est en studio que l'on peut recréer ce son particulier et réservé exclusivement aux afghanes. L'isolement est un facteur déterminant. Après il faut bidouiller quelques interdictions bien senties comme : les soins, le travail, l'école. Je vous garanti que vous avez de quoi faire un enregistrement quotidien.

Ousmany Babila surveillait-il votre travail ?

Oui ! Il avait la coupe facile avec sa lame de rasoir depuis qu'il ne se rase plus. Il me disait en éclatant de rire : " Nasser ! Voilà comment joindre l'utile à l'agréable. ".

C'est assassin de saborder votre travail d'ingénieur du son.

Je n'avais pas mon mot à dire. Ousmany Babila a voulu faire un échange culturel avec le Jihad en Algérie. Vous savez que Ben Laden a crée des camps d'entrainement pour les terroristes fondamentalistes. Me voilà donc sur les routes de Tizi Ouzou, Oran, Alger pour parfaire mes qualités sonores en matière de meurtre collectif. Cela a été une période Trash ! Je maudis cette descente aux enfers.

Il paraît qu'en Algérie vous n'étiez pas seul à faire ce type de "soundtrack" ?

Le gouvernement d'Alger avait lui aussi ces MC (Maitre de cérémonie). Eux pouvait enregistrer sans l'ombre d'un doute. Les compils "Massacres" étaient légion. On dit même que d'ancien du F.L.N. on entamé une nouvelle carrière inattendue.

Selon votre fiche discographique Nasser, vous avez été faire un séjour en Palestine du 9 au 11 septembre dernier. Etais-ce un voyage professionnel ?

Non, je prenais mes jours de congés. Ousmany Babila avait de l'estime pour moi au point de m'épargner une commande de dernière minute.

Laquelle ?

J'étais censé m'approcher du son de l'Alliance du Nord. Je devais soutenir une équipe de caméraman qui rencontrait le commandant Massoud. Mon rôle de preneur du son était à vrai dire dès plus banal. C'est en écoutant la radio le 9 septembre que j'ai appris l'attentat sur l'opposant du Taliban. Ousmany Babila a sauvé ma réputation.

Pourtant, le 11 septembre suite aux attentats du World Trade Center vous avez été piraté.

Oui ! Un preneur de son emmène toujours son matériel même en vacance. J'essayais de trouver un son d'enfant palestinien positif. J'ai ainsi pu assister à la récréation dans une des écoles d'Araffat qui n'avait pas fermé. Une aubaine quand on sait qu'Israël n'arrête pas d'entreprendre des mesures administratives pour fermer l'accès à l'enseignement à Gaza. C'est lors d'un contrôle du Sahal que l'on m'a piqué ma bande son.

Vous accusez Israël et les occidentaux d'avoir habillé les scènes de joie des enfants après les attentats à New York. Nasser, vous êtes complètement parano.

J'affirme que ce groupe d'enfants était sourd-muet. On a mit par dessus la bande sonore que j'avais fabriqué la veille.

Vous oubliez les klaxons des voitures.

Ils ont fait un remix ingénieux. Mais comme je n'ai plus en ma possession mon travail. Je ne peux évidemment rien prouvé.

Nasser piratage ou pas les images ont fait toutes les télés du monde. La propagande était déjà en marche. Vous profitez de ce chaos médiatique pour rentrer à Kaboul. N'aurait-il pas été préférable de fuir le régime Talibans ?

Non ! Je reste un professionnel. Le président Bush a parlé d'une croisade contre le terrorisme. Je tenais enfin un méga-tube planétaire. Un soundtrack que même la télévision Al-jazeera vendrait à prix d'or.  Ben Laden m'a même prêté une de ses grottes pour télécharger les échantillons des bombardements américains. Un mois d'enregistrement pratiquement ininterrompu grâce aux crédits militaires US. 500 millions de $ par mois c'est un records pour une superproduction.

Nasser les Talibanes ont quitté Kaboul avant l'arrivée de l'Alliance du Nord. Votre carrière "soundtrack" est terminée. Votre prochain projet n'est-il pas de partir sur la pointe des pieds en silence ?

Non ! J'ai fait un enregistrement live de l'Alliance du Nord. Le tube qui s'impose dans les rues de Kaboul est "Barbe no futur !". Le son est hyper-cool. Je pense sauver ma tête. J'espère que la musique va adoucir les moeurs ancestrâles pour le meilleur des lives !

Qu'Alah vous entende mon cher Nasser.

Phil Marso (16 novembre 2001)

© MEGACOM-IK & Phil Marso / 2001-2007

 
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