« Les propos des personnages nommés ci-dessous sont le fruit imaginaire de l'auteur Phil Marso. Toutes ressemblances avec des personnes existantes seraient pure coïncidence ».
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GROZNY : VISITE HISTORIQUE PAR LE LANGAGE DES BOMBES |
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"Bloumika vous avez survécu au pilonnage des Russes pendant quatre mois. Qu'est-ce qui vous a poussé à rester jusqu'à la fin ?
- La défense du patrimoine de ma ville. Je résiste depuis des mois pour éviter la fermeture du syndicat d'initiative de Grozny. Ce champ de ruine est une aubaine pour la carte postale touristique. Les Russes ont certes fait quelques modifications au niveau du plan des sols. Mais une ville rayée de la carte c'est désopilants.
Euh ! Vous n'auriez pas reçu un éclat d'obus au cerveau par hasard ?
- Non ! Les Russes se sont lâchés côté subventions. On a eu le droit à l'artillerie lourde. Il faut dire qu'on attendait ça depuis des mois. Ils n'ont pas lésiné sur les moyens pour qu'on parle de Grozny.
Je ne voudrais pas vous contredire M.Bloumika. Mais la presse internationale n'a pas eu l'occasion de consulter vos dépliants.
- Normal ! Le paysage de Grozny changeait tout le temps. On n'allait tout de même pas faire venir des journalistes en pleine démolition. Il faut dire que l'on a pri beaucoup de retard. Il y a un manque de formation parmi les troupes russes. Pourtant ce n'est pas la première fois qu'ils visitent le chantier.
On dénombre plus de 3500 morts côté russe.
- Navré ! Mais les accidents de travail sont les choses inévitables dans ce genre d'entreprise de démolition. Surtout quand une poche de résistance Tchétchène veut en découdre. Forcément, les soldats tombent dans l'embuscade des plis et replis.
Justement, ce n'est pas la première fois que les Russes s'investissent dans Grozny.
- Absolument ! Il y a un long historique proche de la légende Ali Baba et les 40 voleurs. Il faut savoir que la région du Caucase côté Nord est appelée "La montagne des langues".
Oh ! C'est poétique
- C'est surtout politiquement confus. Au sud de Grozny les sommets culminent à plus de 5000 mètres. Une quarantaine de groupes uniques aux langages très différents y vit. Ils cultivent l'honneur et la vendetta. C'est un mélange extraordinaire.
Vous voulez dire un cocktail explosif.
- Il est vrai qu'au Nord-Ouest il y a les Tcherkesses, les Abkhases, les Karbades. Au Nord-Est les Daguestanais, les Ingouches et les Tchétchènes. Ces peuples caucasiens communiquent en utilisant le "tatar", langue du siècle dernier aparentée au russe.
A quand remonte ce penchant pour la montagne concernant les Tchétchènes ?
- Au XIIIe siècle les Mongols se répandirent comme leurs moustaches. Les Tchétchènes n'avaient qu'une issue : se réfugier dans la montagne. Au XVIIIe siècle l'islamisation se dévoile. C'est la guerre sainte contre les Russes de 1834-1859. Arrive la révolution de 1917, les Tchétchènes s'allient aux Bolcheviks dans l'espoir d'une indépendance future. Le 30 novembre 1922, la Tchétchènie est une région autonome au sein de l'Union soviétique.
Les Tchétchènes peuvent donc vivre en harmonie.
- Staline par souci de division rassemble deux régions autonomes "Ingouches" et "Tchèchènie" en une seule république le 5 décembre 1936. L'invasion allemande en 1943 est prétexte un an plus tard pour déporter ces deux communautés en Sibérie et au Kazakhstan. Le motif serait la collaboration avec les nazis. La république est ainsi liquidée.
Votre histoire est assez mouvementée M.Bloumika.
- Hélas, oui ! 1957 Khrouchtchev rétabli la république. Le mur de Berlin effondré l'URSS commence à se disloquer. Le 27 octobre 1991, le général Doudaïev est élu président. Il proclame le 4 novembre l'indépendance de la Tchétchénie.
On ne traîne pas dans les montagnes.
- Le rideau de fer a été un lourd fardeau pour de nombreuses républiques soviétiques. Juin 1992, la Tchétchènie et l'Ingouchie se séparent.
J'imagine que les Russes digèrent mal cet état de fait ?
- Ils entrent en Tchétchénie le 11 décembre 1994. C'est un défilé de blindés copieux. La machine de guerre est fastueuse devant Grozny. Sauf que les soldats russes serviront de chair à canon sur un plateau d'argent miné. Les Tchétchènes défendent leur morceau de terrain mètre par mètre. Le palais présidentiel de Grozny est abandonné le 19 janvier 1995. Doudaïev meurt dans un attentat le 21 avril 1996.
Ah Oui ! Le fameux épisode du téléphone mobile qui se fait repérer par un missile.
- C'était très grossier de la part des russes puisque Doudaïev entamait le menu des négociations avec les autorités du Kremlin. La rage au ventre les Tchètchènes reprennent Grozny en août 1996. Le général Lebed désamorce le conflit le 31 août. La paix signée, le statut de la Tchétchènie est fixé au 31 décembre 2001.
M.Bloumika peut-on avoir encore un intérêt pour cette ville meurtrie ?
- Oui ! Vladimir Poutine l'ex-patron des services secrets (FSB) a été le cinquième premier ministre désigné par Eltsine le 9 août 1999. Il a tenu à restaurer le "déluge de feu" dans les faubourgs de Grozny dès le 18 octobre. L'élection présidentielle en Russie est prévu pour le 26 mars 2000. Eltsine démissionne. Poutine président intérimaire doit réagir vite. Il fallait battre campagne. Quoi de plus cocasse Euh ! caucasien que prendre l'air des urnes en proposant une excursion éclair pour les troupes russes. Les terroristes Tchétchènes ont bien fait leur carnaval.
Vous faites allusion aux nombreux attentats qui ont frappé Moscou fin août 1999 ?
- Oui ! Cela a été le déclencheur des festivités avec le début d'une rébellion islamiste au Daguestan soutenu par deux chefs tchètchènes Chamil Bassaïev et Khattab. Poutine avait droit aussi à son défilé de char. Selon les experts militaires la parade devait durer trois jours. Or, il a fallu mettre quatre mois pour faire défiler de bout en bout les troupes russes dans Grozny. Le bouquet final se faisait attendre. Nous l'avons eu grâce à ce corridor de Tchétchènes qui ont préféré abandonner Grozny.
100 000 dollars c'est ce qu'aurait coûté ce fameux corridor aux Tchétchènes pour le traverser ? .
Oui ! On déplore même quelques pétards mouillés qui aurais miné le départ précipité de ces combattants Tchétchènes. Le rebelle Chamil Bassaïev blessé aurait légué une jambe pour marquer l'intérêt de cette promenade improvisée par les Russes.
M.Bloumika vous êtes encore en poste au syndicat d'initiative. Toutes les maisons ont été rasées. Les ruines font partie du décor architectural dorénavant de Grozny. On n'est loin des frappes chirurgicales à l'Américaine.
- Les Russes c'est du travail de gros uvre. Ils ne sont pas la pour faire de la décoration d'intérieur pour salon diplomatique. Vous connaissez l'expression retraite de Russie ?
Non !
- Et bien venez avec moi vous balader. On n'y rencontre que des vieillards grabataires frigorifiés et affamés. C'est franchement un hospice de vieux. Je prépare une nouvelle brochure pour le syndicat d'initiative. J'ai déjà l'accroche " Grozny l'Handicap International à deux pas de chez vous."
Phil Marso - Le 31/10/2002
Ce texte est extrait du livre «Paroles d'actu.... » de Phil Marso (Edition Megacom-ik), Vous pouvez le commander dans n'importe quelle librairie de France, Suisse, Belgique.
© MEGACOM-IK & Phil Marso / 2002. Lire d'autres sketches satiriques sur Star Academy & Loft Story et les évènements suite au 11 septembre 2001. Si vous trouvez des fautes d'orthographe dans ce texte, veuillez les communiquer à Phil Marso. D'avance merci !
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