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« Les propos des personnages nommés ci-dessous sont le fruit imaginaire de l'auteur Phil Marso. Toutes ressemblances avec des personnes existantes seraient pure coïncidence ».

 

Trois journalistes tombent avant l'arrivée à Kaboul

Les Etats-Unis pensaient que la prise de Kaboul serait un long et dur marathon. Pourtant à l'étape de la ville de Taloquan, trois journalistes : Johanne Sutton (RFI), Pierre Billaud (RTL) et Volker Handloik (Stern - Hebdo allemand) ne l'ont pas échappé belle. Tombés dans une embuscade des troupes Talibans, sont-ils morts pour le sport de l'information ? Boycottyes a demandé à Jaky Scoopar, un reporter expérimenté dans la course-poursuite du scoop ce qu'il pensait de ce drame.

Jaky Scoopar c'est une tragédie dans le petit monde du scoop médiatique ?

Vous plaisantez ! Concourir comme reporter dans le passé c'était une épreuve tortueuse, abrupte. Le chemin de l'information était presque impraticable. Il fallait être barjo pour s'engager dedans. Aujourd'hui, c'est devenu un boulevard, que dis je ! C'est l'autoroute de l'information.

Pourtant on dit que les difficultés de faire son métier sur le circuit guerrier de l'Afghanistan n'est pas une promenade de santé.

Attendez ! Ne me faite pas dire ce que je n'ai pas dit. Le journaliste a toujours été dans l'épreuve aux quatre coins de la planète. Seulement, l'équipement a changé. Celui qui m'a entraîné dans ce sport avait un simple carnet de note qu'il devait ménager entre deux éclats d'obus. C'était dans le jargon de l'époque une course de cross combat. En plus, seule une halte à un poste téléphonique lui permettait de récupérer son esprit et ses idées. On sentait qu'il dictait ce qu'il avait dans les tripes.

Aujourd'hui, c'est différent ?

Oui ! Déjà on est plus performant grâce au téléphone satellite. On n'a plus l'angoisse de se tromper de direction. Il suffit de poser l'antenne dans un coin et c'est le sprint final à la rédaction.

Jaky Scoopar, l'épreuve de "témoignage" demande un profil de sprinter contrairement à votre génération de rouleur, de baroudeur.

Il est vrai que les rédactions à Paris veulent du témoignage journalistique de 1'30". Vous imaginez ce que cela peut donner sur une journée entière sur la route de Kaboul. C'est de la folie !

Oui, surtout quand sur la course de l'information il ne se passe rien qui mérite d'être en tête.

Exact ! En plus les équipes "journalistiques" ont été multipliés par dix au niveau du sponsor : CNN, AFP, Libération, Canal +, CBS News, Euro News, Reuter etc.…. La liste est trop longue. C'est vraiment un peloton de cyclistes où les journalistes sont roue à roue.

Il faut donc trouver le scoop pour décrocher le peloton.

Oui, mais là c'est moins évident en Afghanistan. L'alliance du Nord est devenu maître dans l'organisation. On doit respecter les heures de courses médiatiques. On serait presque à demander quand est-ce qu'on démarre ?

Il paraît que pour attraper un scoop à toute vitesse on doit se doper au bakchich afin de trouver un poursuiveur Afghan qui va vous entraîner en tête.

Ici, on n'y échappe pas. Du temps de Massoud, tout le monde marchait à l'eau. Il nous fournissait ce que l'on avait besoin pour améliorer nos performances journalistiques : hélicoptère, traducteur etc. Depuis sa disparition le 9 septembre dernier, on a changer de carbure.

Paraît-il que les journalistes américains sont imbattables sur ce plan là ?

Satané dollar ! Ils contrôlent à leur manière la course.

Qui est devenue propagande.

Absolument ! Que voulez-vous, un reporter français s'il veut avoir une chance d'arriver à Kaboul avant tout le monde, il faut qu'il ait des capacités énormes d'adaptation.

Ce dimanche 11 novembre, la course était au point mort. Il restait encore deux jours à tenir avant de franchir l'arrivée à Kaboul. Etais-ce utile de tenter quelque chose à ce moment là ?

C'est Jaky Scoopar qui vous parle d'homme à homme. J'aurais peut-être eu le même réflexe que ces six journalistes qui ce sont risqué une échappée à découvert.

Etait-il vital pour un journaliste de vérifier que l'Alliance du Nord avait déblayé le chemin de la course jusqu'à la ville de Taloqan. ?

En Afghanistan depuis le départ on savait qu'il fallait se méfier des infos données au fil de la course jusqu'à Kaboul. Info ou intox ? L'Alliance du Nord avait-elle sécurisé le parcours pour éviter que les troupes Talibanes reviennent clouer le secteur au risque de crever sur place ? Ce sont des questions pas simples à élucider sur le terrain. N'oublions pas dans le cas de Johanne Sutton et Pierre Billaud, ils ont comme sponsor des radios nationales (RTL & RFI).

Jaky Scoopar, vous sous entendez que la radio demande des résultats au quotidien pour ces deux journalistes.

Absolument ! Le cas de Volker Handloik est moins évident. Lui, il a comme sponsor "Stern Magazine", un hebdo. On lui demande qu'il se fasse remarquer une fois par semaine. D'après mes sources, il devait tenter quelque chose avant le 15 novembre.

Ah oui, le 15 novembre cela tombe un jeudi, jour où le Stern Magazine doit mettre en avant le résultat rédactionnel de son journaliste.

Effectivement ! Il serait intéressant de savoir si les trois autres journalistes ayant échappé à la mort se trouvaient dans le même état d'esprit vis-à-vis de leur sponsor. Quoi qu'il en soit, ils ont voulu faire quelque chose d'honnête, d'intègre très représentatif de leur métier. Mais….

Quoi ?

Un reporter couvrant des conflits guerriers est mal considéré dans le métier de la course au scoop. Il est préférable d'aller sur des courses de paparazzi. C'est plus classieux pour la notoriété du journaliste.

Et plus rémunérateur ?

Johanne Sutton, Pierre Billaud et Volker Handloik devaient être la discrétion absolu qui fait honneur à leur métier. Cependant, le dimanche 11 novembre, ils ont cru entendre cette fameuse cloche qui indique le dernier tour de piste avant l'arrivée. Ce que je m'explique pas c'est qu'ils sont montés sur un char à découvert. Ont-ils eu un relâchement imprévisible ?

Au tour de France, on appelle ça la voiture balai.

Ouais ! C'est une triste fin pour une mortelle randonnée en Afghanistan.

Phil Marso (14 novembre 2001)

© MEGACOM-IK & Phil Marso / 2002. Lire d'autres sketches satiriques sur Star Academy & Loft Story et les évènements suite au 11 septembre 2001. Si vous trouvez des fautes d'orthographe dans ce texte, veuillez les communiquer à Phil Marso. D'avance merci !

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