Présidentielles 2002 «La brûlure ! - épisode N°4» |
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" - Je l'encule Le Pen ! Je l'encule deux fois. "
Le cortège pas encore conscient du défi, continuait.
" - La France aux Français ! La France aux Français ! "
L'insulte courageuse répliqua :
" - C'est un cochon ! Un gros cochon !"
Les partisans F.N rythmaient en deux mots leur rêve.
" - Le Pen Président ! Le Pen Président ! "
Le fauteur de trouble marchait tranquillement et repris le rythme du slogan à son compte.
" - Le Pen Je l'encule ! Le Pen Je l'encule ! Le Pen Je l'encule ! "
La foule était maintenant thétanisée par cette provocation verbale. Les slogans F.N. se sont tuent par l'audace de l'homme qui défia ce jour-là plus de cinq cents personnes pésent à cet instant sur le Pont Caroussel. Lui, il quitta le pont, tourna à gauche sans se retourner. Maintenant il était à cinquante mètres du cortège. On entendit alors une seule voix s'élever :
" Communiste ! "
Le DPS n'avait pas bougé. L'aurait-il fait si un lynchage en règle avait été perpétré sur le gauchiste de service comme aimaient dire les potes de Jean-Marie ? voilà qui démontrait que l'on pouvait faire barrage au F.N. si on se donnait les moyens d'élever la voix pour dire non à l'intolérance. bien sûr, personne n'en ferait écho, puisque les médias n'étaient plus là. Cela ne présageait rien de bon pour la suite de la journée. En attendant le discours de Jean Marie, la célébration à Jeanne d'Arc martèlait les pavés du pont. Une fois encaissée ce point de détail, la foule fut revigorée.
" Le Pen France, liberté ! Le Pen France, liberté ! Le Pen France, liberté ! "
Le mot liberté m'échappait quelque peu.
11h, la fin du cortège approchait.Le sang neuf de la jeunesse F.N. était très présent. En rang, telle une armée conquérante qui piétine tout sur son passage, elle marchait la tête haute avec des slogans plus agressifs.
" Immigrés dehors ! Immigrés dehors ! Immigrés dehors ! Immigrés dehors ! "
La tension était monté d'un cran. Les crânes rasés étaient là. Ecusson français sur le blouson bomber, l'ambiance était radicale.
" Casseur, Killer Shootons-les ! Casseur, Killer Shootons-les ! Casseur, Killer Shootons-les ! "
Ça sentait la poudre. Je remballai le matériel dans mon imper. L'air devenait malsain. Le DPS était de plus en plus débonnaire. Pourquoi Jean-Marie Le Pen avait mis les jeunes pour fermer le cortège ? Par peur de débordement venant des militants d'extrême gauche. S'ils venaient on aurait de quoi les accueillir. Rester ici n'était pas bon pour son bulletin de santé. Les crânes rasés étaient à l'affut pour l'embrouille. Je n'avais aucun signe qui pouvait prèter attention.
" Casseur, Killer Shootons-les ! Casseur, Killer Shootons-les ! Casseur, Killer Shootons-les ! "
Le drapeau tricolore était flamboyant de haine. Les pancartes n'étaient pas signe de trève. Un môme de quatorze an brandit l'une d'entre-elle avec pour message : " Combattre pour renaître. "
On connaissait le refrein par cur :
" Immigrés dehors ! Immigrés dehors ! Immigrés dehors ! Immigrés dehors ! "
Ces soldats de l'ordre nouveau n'inspiraient pas le peace and love.Pas question de leur faire découvrir la campagne et ses jus de carotte. L'urbain l'emportait haut la main, le poing fermé. Et s'il y avait un peu de relâchement, la canette de bière était seule en cause. Une autre pancarte affichait : la vague rebelle. "
" Le Pen France, liberté ! Le Pen France, liberté ! Le Pen France, liberté ! "
Quand je repensais à l'autre type qui insultait la foule il y avait quelques minutes, il avait vraiment eu de la chance de ne pas tomber sur la jeunesse F.N. Je n'avais plus rien à faire ici. Au loin, un car de CRS se faisait discret. Je m'étonnais qu'aucun flic ne m'ai alpagué, sans doute par peur d'être pris à parti par les militants F.N.
" La France aux Français ! La France aux Français ! La France aux Français ! "
11h10, au moment où je m'apprêtais à partir. Je vis un groupe de jeunes se séparer du cortège.Ils allaient droit sur le quai de la Seine. La bière ça faisait pisser.
11h25, place des Pyramides, une tribune était installé sur laquelle les chefs d'états majors du F.N. étaient là pour faire une revue des troupes du F.N. Jean Marie était là qui applaudi ses 15 000 manifestants venus des quatre coins de France. Un peu plus loin, une autre tribune faisait l'honneur à l'escorte de Jeanne d'Arc. Le tambour battait son plein de marches militaires d'époque. En Face, on voyait la statue de la pucelle sur son bourin couleur d'or éclatant. Quelques touristes égarés photographiaient les scènes de liesse populaire. Venant de la rue de Rivoli, je me faufilai près de la tribune lepéniste.Il y avait bien quelques barrières de sécurité qui entouraient juste derrière la tribune. A peine à vingt mètres me séparaient de jean-Marie. Je pouvais franchir les barrières en montrant ma carte de police, mais ça serait faire preuve d'emmerdes supplémentaires. Même si le DPS étaient d'une apparence souple. De mon emplacement, je pus tout de même voir ce qui se passait en dessous de la tribune. L'entrepreneur qui avait été chargé du montage n'était pas de Furiani. Il n'y avait aucun paquet égaré qui pouvait dissimuler une éventuelle bombe. Et si c'était le cas, est-ce que ma conscience professionnelle ferait gâcher le feu d'artifice ? Réflexion faite, il vaudrait mieux. Le Pen tué à la célébration de Jeanne d'Arc ça ferait un martyr de plus et à quelques jours du second tour de la présidentielles ça n'arrangerait personne.
12h15, je quitta la place des Pyramides et m'engagea dans la rue Saint-Honoré. Rester plus longtemps ne servirait à rien, sauf à se faire prendre en flagrant délit devant une caméra de télévision. J'avais pas envie de voir ma tronche au journal de 13h. ( )
12h45, les sirènes hurlentes me fit reprendre connaissances. Je m'étonnai de me retrouver dans un fourgon de CRS. Il y avait du beau linge. Mafoin et le capitaine Ciblard étaient en pleine discussion. Les menottes aux poignets et aux pieds, trois crânes rasés guettaient le moindre battement de mes cils. Ciblard s'approcha de moi.
" - J'ai deux mots à vous dire, John.
- Dépêchez-vous car je vais rater le départ de la manif de la fête du travail.
- Ne vous inquiétez pas, on vous y conduit.
- C'est pas de refus, mais je vais me faire repérer avec vos trois voyous de services.
- John, ce sont des membres du G.I.G.N.
- Des rescapés ? "
Ciblard n'apprécia pas mon sens de l'humour et perdit son self contrôle en m'affligeant une droite.
" - Calmez-vous Ciblard. On est pas là pour s'entretuer mais pour collaborer. John n'est peut-être pour rien dans ce meurtre.
- Pourtant, j'aimerais bien, commissaire Mafoin.
- On va juste lui poser quelques questions. "
Mafoin se planta devant moi.
" - On vous a réintégré commissaire ?
- Non, c'est mon jour de repos.
- Vous plaisantez ?
- Non ! Demain, je dois démissionner pour faute professionnelle.
- Mafoin ! Qu'est-ce qu'on vous reproche ?
- De vous avoir engagé sans avertir mes supérieurs hierarchiques.
- Laissez-moi régler ça. J'approche du but.
- Arrêtez de bluffer, John. Vous n'avez rien trouvé en 48h.
- Laissez-moi une dernière chance.
- Laquelle ?
- Participer à la manif du 1er mai.
- Tout dépend ce que vous allez me répondre à propos du meurtre.
- Quel meurtre ?
- Vous étiez bien présent sur le Pont Caroussel, ce matin ?
- Oui, pour les besoins de mon enquête.
- John, vous avez quitté le pont vers quelle heure ? "
Je m'accorda un silence de quelques secondes avant de répondre.
" - 11h10, je crois.
- John, vous n'avez rien remarqué de bizarre ?
- Si, commissaire ! Le DPS, service de sécurité du F.N. était peu vigilant aux provocations.
- A midi, une bande de crânes rasés se sont détachés du défilé du F.N. pour descendre sur les quai de la Seine.
- C'était pas plus tôt, Mafoin ?
- La brigade criminelle de la police judicière de Paris vient d'embarquer une demi-douzaine de témoins riverains et manifestants pour une audition. On en sera plus un peu plus tard.
- C'est grave ?
-
Ouais ! Un marocain de 29 ans (Brahim Bouaram) qui se baladait sur le quai a été poussé dans l'eau. Il est mort noyé.- Merde !
- Je sais à quoi vous pensez John. Depuis 48h, tous les services de polices sont en alertes pour démanteler le F.L.P.M. et on n'est même pas capable d'éviter un meurtre de voisinage.
- De voisinage, vous exagérez ! C'était prévisible un coup pareil.
- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
- Le 21 février (1995) à Marseille un jeune français d'origine comorienne est abattu par trois colleurs d'affiches du F.N. Aucune altercation n'a eu lieu avant la fusillade. Le 21 mars (1995) à Auch des affrontements ont eu lieu avec la caravane du F.N. qui menait campagne et des étudiants qui étaient venus manifester. Le gendre de Le Pen et un militant qui étaient sur les lieux ont écopé de huit mois de prison avec sursit et 5000 francs d'amende pour "coups volontaires et blessures volontaires et complicité.
- Ils ont fait appel, John.
- Le 20 avril à Courbevoie, trois militants d'extrême droite ont brutalisé une Algérienne enceinte, en se faisant passer pour des policier. On a découvert chez les agresseurs des armes à feu et une carte du Front National.
- Et alors John, ce sont de tristes accidents comme aime le rappeler Jean-Marie Le Pen.
- C'est ça des accidents de parcours.
- John, on ne peut pas être partout.
- Commissaire, je compends pourquoi vous ne m'avez coincé que maintenant.
- En réalité, nous avions allégé le dispositif sur la manif de Le Pen.
- A tord commissaire car Le Pen a mis les plus excités en fin de cortège. Il est responsable lui aussi de ce qui s'est passé en bas du Pont Caroussel.
- Il n'y est pour rien John.
- Commissaire ! Et vous croyez qu'en criant dans la rue " La France aux Français ", " Immigés dehors ! " c'est pas un appel au meurtre ?
- Désolé John, mais juridiquement ces slogans haineux sont considérés comme des propos politiques, donc pas condamnables pour : incitation à la violence.
- Commissaire Mafoin, j'ai qu'un mot à vous dire dans ce drame tragique : Il faudrait que les politiques y réfléchissent. "
Le 1er mai 2002 soyons vigilant ! |
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