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Présidentielles 2002 «La brûlure ! - épisode N°3»

10h55, deuxième incident plus prononçé. Un homme marchait sur le trottoir gauche du pont. Il commença à insulter copieusement la foule.

" - Je l'encule Le Pen ! Je l'encule deux fois. "

Le cortège pas encore conscient du défi, continuait.

" - La France aux Français ! La France aux Français ! "

L'insulte courageuse répliqua :

" - C'est un cochon ! Un gros cochon !"

Les partisans F.N rythmaient en deux mots leur rêve.

" - Le Pen… Président ! Le Pen… Président ! "

Le fauteur de trouble marchait tranquillement et repris le rythme du slogan à son compte.

" - Le Pen… Je l'encule ! Le Pen… Je l'encule ! Le Pen… Je l'encule ! "

La foule était maintenant thétanisée par cette provocation verbale. Les slogans F.N. se sont tuent par l'audace de l'homme qui défia ce jour-là plus de cinq cents personnes pésent à cet instant sur le Pont Caroussel. Lui, il quitta le pont, tourna à gauche sans se retourner. Maintenant il était à cinquante mètres du cortège. On entendit alors une seule voix s'élever :

" Communiste ! "

Le DPS n'avait pas bougé. L'aurait-il fait si un lynchage en règle avait été perpétré sur le gauchiste de service comme aimaient dire les potes de Jean-Marie ? voilà qui démontrait que l'on pouvait faire barrage au F.N. si on se donnait les moyens d'élever la voix pour dire non à l'intolérance. bien sûr, personne n'en ferait écho, puisque les médias n'étaient plus là. Cela ne présageait rien de bon pour la suite de la journée. En attendant le discours de Jean Marie, la célébration à Jeanne d'Arc martèlait les pavés du pont. Une fois encaissée ce point de détail, la foule fut revigorée.

" Le Pen… France, liberté ! Le Pen… France, liberté ! Le Pen… France, liberté ! "

Le mot liberté m'échappait quelque peu.

11h, la fin du cortège approchait.Le sang neuf de la jeunesse F.N. était très présent. En rang, telle une armée conquérante qui piétine tout sur son passage, elle marchait la tête haute avec des slogans plus agressifs.

" Immigrés dehors ! Immigrés dehors ! Immigrés dehors ! Immigrés dehors ! "

La tension était monté d'un cran. Les crânes rasés étaient là. Ecusson français sur le blouson bomber, l'ambiance était radicale.

" Casseur, Killer… Shootons-les ! Casseur, Killer… Shootons-les ! Casseur, Killer… Shootons-les ! "

Ça sentait la poudre. Je remballai le matériel dans mon imper. L'air devenait malsain. Le DPS était de plus en plus débonnaire. Pourquoi Jean-Marie Le Pen avait mis les jeunes pour fermer le cortège ? Par peur de débordement venant des militants d'extrême gauche. S'ils venaient on aurait de quoi les accueillir. Rester ici n'était pas bon pour son bulletin de santé. Les crânes rasés étaient à l'affut pour l'embrouille. Je n'avais aucun signe qui pouvait prèter attention.

" Casseur, Killer… Shootons-les ! Casseur, Killer… Shootons-les ! Casseur, Killer… Shootons-les ! "

Le drapeau tricolore était flamboyant de haine. Les pancartes n'étaient pas signe de trève. Un môme de quatorze an brandit l'une d'entre-elle avec pour message : " Combattre pour renaître. "

On connaissait le refrein par cœur :

" Immigrés dehors ! Immigrés dehors ! Immigrés dehors ! Immigrés dehors ! "

Ces soldats de l'ordre nouveau n'inspiraient pas le peace and love.Pas question de leur faire découvrir la campagne et ses jus de carotte. L'urbain l'emportait haut la main, le poing fermé. Et s'il y avait un peu de relâchement, la canette de bière était seule en cause. Une autre pancarte affichait : la vague rebelle. "

" Le Pen… France, liberté ! Le Pen… France, liberté ! Le Pen… France, liberté ! "

Quand je repensais à l'autre type qui insultait la foule il y avait quelques minutes, il avait vraiment eu de la chance de ne pas tomber sur la jeunesse F.N. Je n'avais plus rien à faire ici. Au loin, un car de CRS se faisait discret. Je m'étonnais qu'aucun flic ne m'ai alpagué, sans doute par peur d'être pris à parti par les militants F.N.

" La France aux Français ! La France aux Français ! La France aux Français ! "

11h10, au moment où je m'apprêtais à partir. Je vis un groupe de jeunes se séparer du cortège.Ils allaient droit sur le quai de la Seine. La bière ça faisait pisser.

11h25, place des Pyramides, une tribune était installé sur laquelle les chefs d'états majors du F.N. étaient là pour faire une revue des troupes du F.N. Jean Marie était là qui applaudi ses 15 000 manifestants venus des quatre coins de France. Un peu plus loin, une autre tribune faisait l'honneur à l'escorte de Jeanne d'Arc. Le tambour battait son plein de marches militaires d'époque. En Face, on voyait la statue de la pucelle sur son bourin couleur d'or éclatant. Quelques touristes égarés photographiaient les scènes de liesse populaire. Venant de la rue de Rivoli, je me faufilai près de la tribune lepéniste.Il y avait bien quelques barrières de sécurité qui entouraient juste derrière la tribune. A peine à vingt mètres me séparaient de jean-Marie. Je pouvais franchir les barrières en montrant ma carte de police, mais ça serait faire preuve d'emmerdes supplémentaires. Même si le DPS étaient d'une apparence souple. De mon emplacement, je pus tout de même voir ce qui se passait en dessous de la tribune. L'entrepreneur qui avait été chargé du montage n'était pas de Furiani. Il n'y avait aucun paquet égaré qui pouvait dissimuler une éventuelle bombe. Et si c'était le cas, est-ce que ma conscience professionnelle ferait gâcher le feu d'artifice ? Réflexion faite, il vaudrait mieux. Le Pen tué à la célébration de Jeanne d'Arc ça ferait un martyr de plus et à quelques jours du second tour de la présidentielles ça n'arrangerait personne.

12h15, je quitta la place des Pyramides et m'engagea dans la rue Saint-Honoré. Rester plus longtemps ne servirait à rien, sauf à se faire prendre en flagrant délit devant une caméra de télévision. J'avais pas envie de voir ma tronche au journal de 13h.

(Suite)

Phil Marso (30 avril 2002)

© MEGACOM-IK & Phil Marso / 2002. Lire d'autres sketches satiriques sur Star Academy & Loft Story et les évènements suite au 11 septembre 2001, Les présidentielles 2002. Si vous trouvez des fautes d'orthographe dans ce texte, veuillez les communiquer à Phil Marso. D'avance merci !

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