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Présidentielles 2002 «La brûlure ! - épisode N°2»

10h05, le coup d'envoi fut donné. Allez les tricolores ! Place aux anciens combattants, portes drapeaux de la nation, les médailles tombaient sur leur veste. Impressionnant pour un mec comme moi qui n'avait eu que trois étoiles au ski alpin. Lequel d'entre-eux avait combattu le nazisme pour s'en rappeler au point de cotoyer l'extrême droite aujourd'hui ? C'était assez troublant.La grande leçon de l'histoire était peut-être de ne pas juger des actes de collaborations, de lâchetés pendant l'occupation allemande quand on n'avait pas été face à ce cruel dilemme : résister ou régler des comptes.

Si ça se trouvait le burlingue de John Wilson Bred aurait tourné à plein régime sans le moindre remord. Une affaire restait une affaire. Le problème était de savoir si j'aurais supporté longtemps le bruit des bottes sur mon parquet. A force c'était salissant. Je décidai de rester planter sur le Pont Caroussel pour observer. C'était jour de folklore avec l'Alsace. Trois jeunes femmes habillées en costume traditionnelle ouvraient la voie. Jupes rouges bordées de velours noir et boléros de velours noir à paillettes sur des blouses blanches montées d'une coiffe avec un grand nœud noir, elles étaient superbes. N'empêche ça devait être la galère pour les déshabiller après avoir incurgité une choucroute et avalé un litre de bière blonde en pression. La digestion passait mal avec l'arrivée en tête du F.N. du premier tour présidentiel dans les deux départements : 25,83% Bas-Rhin, 24,80% Haut-Rhin. Vote protestataire ? Une femme s'agitait les mamelles dans son corsage trop à découvert et n'arrêtait pas de répéter :

« - Ne vous inquiétez pas, on y arrivera ! »

C'était beau l'enthousiasme à la française. Après cette démonstration, qui oserait se détourner du sein de la mère patrie ? Moi, le temps de reprendre mon soufle pour têter goulument sa sœur, la Loraine. Elle pointait encore en tête dans la Moselle avec ses 23,82%.Même si elle paraissait moins voluptieuse avec ses 19,75%. Meuse , 19,99%. Vosges 18,12%. Meuthe et Moselle ses intentions de plaire restaient fermes. Les déshérité du système social n'avaient d'yeux que pour le F.N. Un unijambiste avait accroché à l'aide d'épingle à nourrice, derrière son dos, un chiffon blanc où on pouvait lire :

« - Il faut rester de bons français d'abord. »

Changeons de coin, la Bretagne est à l'honneur. Une pancarte annonçait la couleur :

« - Catholiques Français toujours. »

Un de ses représentants distribuait des tracts contre l'avortement. Là, la grossesse du F.N était indésirable avec ses 9,20% Finistère, 8,84% Côte-d'Armor, 8,98% Ille et Vilaine, seuls les 13,79% dans le Morbihan s'activaient. Mais il faudrait surveiller ça de près à chaque échéance électorale car à la longue l'accouchement pouvait devenir préoccupant pour le médecin de garde de la démocratie. Merde ! Il y avait comme une anomalie sur le parcours. Un black défilait au côté de la banderole de la Normandie. Qu'est-ce qu'il pouvait bien foutre dans cette galère ? Il n'avait pas de chaînes aux pieds. Il marchait fièrement, le slogan fédérateur "La France aux français " s'en donnait à gorge déployé. J'aurais bien questionné l'intrus, mais de peur d'être emporté par le courant nationaliste, je m'accrochai à rester tout de même à l'extrême gauche du cortège. Juste après, un type brandit une pancarte où l'on pouvait lire un nouveau ordre économique mondial :

« Demain : la nourriture = Américains, les voitures = Japonais, le textile = les chinois, chômeur = français. »

Le Pen par soucis de popularité, s'investissait peut-être dans l'aide social. Le black avait dû être engagé pour la journée comme figurant pour donner une image claire au F.N. Le problème c'était un métier très saisonnier. Allons, ne boudons pas sur cet effort d'intégration. Tiens, encore un autre ! Mais bon, ne rêvons pas. Il n'y avait pas d'arabe qui avait été retenu. Et si, il y en avait un, ça serait par soucis purement commercial. Vous imaginez un instant un Marocains, marchand de tapis, qui s'incrustait jusqu'ici ? Impossible ! Et si le type venait juste prendre des adresse à éviter quand il irait faire du porte à porte. Le DPS (Département Protection Sécurité), service d'ordre du F.N. profitait des rayons du soleil sur le pont du Caroussel. On ne pouvait pas dire qu'il était au aguets. Selon le commissaire Mafoin, trois cents membres du DPS étaient placés le long du parcours. La sécurité, en dehors du circuit, était confié aux forces de l'ordre. Depuis une vingtaine de minutes je n'arrêtais pas de sortir le walk-man de mon imper marron. Maintenu dans le creux de la main, j'enregistrais discrètement. Pas longtemps, juste des bribes de slogans patriotique. Puis je rangeais à nouveau dans l'imper. Le DPS n'avait pas remarqué mon manège. J'écrivis des notes sur un calepin. De temps en temps, les slogans surgissaient de la foule.

« - Ni droite, ni gauche. Front National ! », « - Ni droite, ni gauche. Front National ! »

Le peuple avait bonne mine. Il était fier d'être là.Même si les journalistes étaient tous barrés pour escorter le grand chef qui avait déjà traversé le pont. On congratulair monsieur-t-out-le-monde.Personne n'avait encore remarqué que je serrais les dents quand il fallait élever la voix pour montrer que chaque slogan avait une image forte.

« - Du travail pour les Français !", "Du travail pour les Français ! »

Une pancarte solutionnait le chômage : Mère de famille, un vrai métier.

10h30, premier incident sans conséquence. Une fenêtre s'ouvrit d'un immeuble donnant face au pont. Une femme cria :

« - Chirac Président ! Chirac Président ! »

La réplique ne se fit pas attendre. Une femme du cortège répondait :

« - Chirac dehors ! » , « - Chirac dehors ! »

S'ensuivit une slave de slogans propre à la situation.

« - Chirac salaud ! Le front National aura ta peau. », «Chirac t'es foutu, les Français sont dans la rue. »

La fenêtre se referma.

J'essayais d'écouter les conversations afin d'avoir un indicateur de tendances du vote du dimanche 7 mai (1995).

« - Moi ! Je ne vote pas Jospin. C'est une girouette.

- T'as pas assez vu quatorze ans de socialistes ?

- Peut-être, mais Jospin c'est un homme honnête.

- Vote pour ses amis, si c'est pour revoir les mêmes, merci bien.

- N'empêche, à cause de De Villiers, Le Pen n'est pas au deuxième tour. » (1)

La foule comme si elle avait entendu la dernière phrase de ce militant, scanda :

« - Villier, t'as trahi ! Villier t'es fini ! Villier t'as trahi ! Villier t'es fini ! »

La Normandie était de passage. Et les score étaient là pour faire brouter nos bonnes vaches laitières dans des prés. 18,7 % l'Eure, 15,79% Seine Maritime, 12,40% Calvados, 11,06% Manche, 14,81 % Orne. J'irais revoir ma Normandie, ça restait à voir. A boire, va pour le cidre. L'ardeur baissait d'un ton tout de même. Ça gueulait ! Mais pas d'une manière constante. En vérité on était dans une ambiance très familiale. Ce nouveau visage du F.N m'attristait. Surtout de voir des mômes d'une dizaine d'années agitant un petit drapeau tricolore. J'avais pas de leçon à donner. Je m'étais fait bien piéger aussi lors d'une journée pour l'environnement à la Bourboule. Le matin on s'était de sacs plastiques pour nettoyer la ville thermaliste par excellence. Et l'après-midi, j'avais agité moi aussi mon drapeau tricolore au passage de Valéry Giscard d'Estaing.

(Suite...)

(1) Chirac a retenu la leçon. A-t-il empêché en définitive à Charles Pasqua de ne pas obtenir les 500 signatures pour être candidat. Imaginez que cette ancien Ministre de l'Intérieur aurait obtenu 2-3% au 1er tour. Peut-être que Chirac n'aurait pas été au 2ème tour.

Phil Marso (28 avril 2002)

© MEGACOM-IK & Phil Marso / 2002. Lire d'autres sketches satiriques sur Star Academy & Loft Story et les évènements suite au 11 septembre 2001, Les présidentielles 2002. Si vous trouvez des fautes d'orthographe dans ce texte, veuillez les communiquer à Phil Marso. D'avance merci !

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