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Présidentielles 2002 «La brûlure ! - épisode N°1»

9h30 - Les vendeurs de muguet à la sauvette avait déjà envahi les trottoirs. Le temps était clément avec même un rayon de soleil très attendu après une semaine de pluie interminable. Installé seul, au fond d'un bus, je plongeai ma main dans un imper marron.Le walkman portatif de Démona me servirait à enregistrer l'ambiance du défilé. Appuyant sur la touche "retour", je rembobinai la cassette de quatre vingt dix minutes. J'avais aussi un calepin et un crayon pour prendre des notes. Peut-être qu'avec ce matériel léger j'allais saisir une bribe de rumeur, un indice qui me mènerait au F.L.P.M.

Je descendis à l'arrêt St Michel. Une fois faufilé dans des petites ruelles à la hauteur d'Odéon, je déboucha droit sur la fin du cortège de Le Pen. Ils étaient déjà assez nombreux a avoir envahi le boulevard St Germain. D'après les renseignements du commissaire Mafoin, le F.N. avait mis à la disposition des manifestants des bus gratuits pour se rendre à Paris. Voilà de quoi assurer une virée sympathique pour jeunes désoeuvrés en mal d'activité. On n'est même pas obligé de faire partie du club, c'est-à-dire que n'importe qui peut monter dans le bus. Enfin n'importe qui, n'éxagérons pas. Le profil frenchie est recommandé pour pas trop faire désordre.

Le parcours de 2,5 km mènerait les manifestants devant l'Opéra. Les drapeaux français étaient très nombreux. On se croyait à la libération.Le problème était de savoir en 1995 ce qu'il fallait libérer : la France des immigrés où bien le chômage ? Ici, c'était clair, on bossait tricolore. Le drapeau était vendu cinquante francs, ça pouvait toujours reservir pour le 14 juillet. Le défilé n'avait pas encore démarré. On passa en revue les troupes. L'Alsace, la Loraine, la Mayenne, la Normandie, la Bretagne, le Rhône Alpes, voilà un signe d'implantation du F.N.Mais le type chargé des relations culturelles en sociales du parti politique était capable de dire :

« - Voilà, un bon exemple d'intégration." Je m'étonnai de ne pas voir représenter la Réunion, la Martinique, la Nouvelle Calédonie, la Polynésie.Mettons ça sur le compte du décalage horaire. Et puis, envoyer des cartons d'invitation jusque là-bas, ça prend du temps. Ne dramatisons pas, les skins fermaient la marche. C'était rassurant ! Moi qui croyait que c'était une espèces en voie de disparition à la fin des années 80'. Pensez-dont Miterrand et S.O.S. racisme ont cultivé la relève. Qu'est-ce que je fais ? Je m'en jetai deux trois canettes de bière dans un troquet du coin, histoire de sympathiser avec les skins. Je fouilla dans les poches de mon jeans. Rien ! J'en fis de même avec l'imper.Misère ! La France allait mal. Pas une tune en poche, le ventre vide, voilà de quoi alimenter la peur du lendemain.

Marchons ! Marchons ! Je remonta le cortège du défilé qui n'attendait que le signal du grand chef. Rue des Saint Pères c'était noir de monde. Quelle bonne blague, il y avait tellement de blancs becs que j'eus du mal à croire que notre pays ressemblerait à ça, un jour. Paris, sans Africain, Arabe, Asiatique il y avait comme un vide. Mais quand je vis toutes ces mines rougies par le beaujolais des provinciaux de nos lointaines campagnes, j'eus l'impression de faire un retour en arrière à la fin des années 60', période pendant laquelle je passais mes vacances à Chemiré sur sarthe, en pleine France profonde. C'était chouette ! On était entre bon français. Tous les matins, le coq sonnait du clairon. Et même si certains paysans avaient des noms d'origines italiennes ou polonaises, on ne voyait pas trop la différence, puisque le mot d'ordre était blanc de blanc. Soyons pas médisant, il y a bien du y avoir un groupe folklorique de la Côte d'Ivoire ou de Tunisie qui c'était égaré dans nos verts paturages.

Où était Jean-Marie ? Il fallait absolument que je le coince. Il avait sans doute une idée sur le F.L.P.M : des envahisseurs qui en veulent aux Français. J'arrivai à la hauteur du Pont Caroussel et le spectacle était présent. Des cavaliers du moen âge à cheval escortaient Jeanne d'Arc. Les pères de familles hissèrent les gosses sur leurs épaules. Il y avait des troubadours qui rythmaient la mise en scène historique. Comment ne pas tomber amoureux de la France en voyant la Jeanne d'Arc du moment ? Elle était bien roulée. C'est clair, si le soir elle frappait à ma porte, j'étais prêt à tout. En attendant c'étaient les journalistes qui étaient sur le coup. Une femme juste à côté de moi commentait l'événement.

«Des journalistes c'est pas ce qui manque. On n'a jamais vu ça. »

Son mari surenchérit : « Bravo ! Jean-Marie t'es le plus fort ! »

Il se retourna pour trouver un témoin afin de transmettre son enthousiasme. Il tomba à pic sur une équipe TV Finlandaise. La caméra filma le leader du Front National dans son meilleur jour. Le peuple était avec lui sans aucun doute.L'homme questionna une des journalistes de l'équipe TV Finlandaise mais tout de même curieux. C'est humain de se préoccuper de son voisin.

« Dites, vous êtes Finlandaises ? »

Gênée la journalise hésita à répondre.

« - Euh… oui !

- J'ai un de mes fils qui travaille à l'ambassade là-bas.

- C'est bien ! »

La discussion en resta là. Il était là, à trois mètre de moi, les bras levés en l'air, en signe de victoire. Il n'avait pas passé le deuxième tour, mais les sympathisants y croyaient encore. 15% au F.N. au 1er tour présidentiel (1995), voilà de quoi gonfler aux hormones française je vous prie, le moral de Jean-Marie. Quelques gardes du corps l'entouraient. Mais rien de bien méchant. Merde ! Qu'est-ce que foutait Lee Harvey Oswald Jr ? La tentation était trop grande. Jean-Marie Le Pen était invincible. Il avait déjà gagné son pari, les médias affluèrent. Le vrai défilé du 1er mai était passé au second rang. Après tout Jeanne d'Arc était une bosseuse.

(Suite)

Phil Marso (27 avril 2002)

© MEGACOM-IK & Phil Marso / 2002. Lire d'autres sketches satiriques sur Star Academy & Loft Story et les évènements suite au 11 septembre 2001, Les présidentielles 2002. Si vous trouvez des fautes d'orthographe dans ce texte, veuillez les communiquer à Phil Marso. D'avance merci !

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